Il y en a qui pensent qu’il est possible de former une contre-économie basée sur de véritables principes de partages, à partir de coopérativisme et de productions de communs. Ca parait flou comme ça, essayons d’y voir plus clair.

Michel Bauwens (dont j’ai conscience de parler beaucoup #fangirl) et Vasilis Kostakis continuent de défricher ce à quoi pourrait ressembler une mise à jour de la mal nommée économie du partage (dans laquelle en vérité de grosses sociétés captent le plus gros de la valeur aux détriments des véritables contributeurs). Dans cet article en anglais, et avec plein de concepts pas forcément évidents (personnellement, j’ai dû m’accrocher un peu), ils abordent les formes d’organisation qui pourraient permettre de rendre réelle la transition vers une économie bénéfique à tous. Ci dessous, une lecture toute personnelle avec un poil d’interprétation.

Le coopérativisme de plateforme et ses limites

Une coopérative plateforme est une plateforme en ligne (site web, application… comme Airbnb et Uber, par exemple. Voir ce répertoire), mais qui est sous forme coopérative, détenue par ses employés, usagers, utilisateurs… Il leur est ici reproché d’être isolés les unes des autres. Généralement, ces coopératives ne sont pas dans la création ou la protection de commun, mais basée plutôt sur des logiques de brevet ou de copyright.

La production par les pairs, basées sur les communs

Ou, en VO, « commons-based peer production ». Ce type d’organisations (pensez wikipedia) prends le contrepoint des coopératives en ceci qu’elles se basent sur des réseaux connectés pour produire leur valeur. Ici, il y a peu d’organisation hiérarchique, mais aussi rarement de « compensation financière ».

Comment fait-on pour faire converger coopérativisme de plateforme et communs ? Pour que tout le monde ait le beurre et l’argent du beurre ?

Le coopérativisme ouvert nous sauvera tous ?

Et c’est là que surgit hors de la nuit… Tadaaaaaa ! le coopérativisme ouvert (« Open cooperativism », comme disait Shakespeare).
Pour faire la jonction, une coopérative ouverte s’oblige statutairement à avoir une activité orientée « communs ».

Parmi les caractéristiques que les auteurs donnent de ces coopératives :

  • internalisation des externalités négatives (pas de précisions sur ce qu’elles sont),
  • gouvernance confiée à des profils et intervenants multiples,
  • contribution à la création de communs matériels et immatériels,
  • organisation politique et social autour de questions globales, même si elles produisent localement.

C’est quoi le plan ?

Les auteurs proposent 6 stratégies pour dépasser le paradigme entrepreunarial classique :

  1. Reconnaitre que les modèles classiques d’entreprises fermées sont basés sur un phénomène de rareté artificielle. Voir par exemple le secteur médical (brevet sur médicaments, etc). Les coopératives ouvertes, au contraire, reconnaissent l’abondance naturelle, et refuse de faire du profit en rendant des ressources abondantes artificiellement rares.
  2. Afin de gratifier correctement les contributeurs quels que soient leur accomplissement (code, documentation, stratégie, design, traduction, accompagnement des usagers…), les coopératives ouvertes peuvent se fonder sur une comptabilité à valeur ouverte ou une comptabilité contributive (traduction un peu à l’arrache de « open value accounting » et « contributory accounting »). Plus d’info
  3. Sécurisation de la distribution équitable des bénéfices à travers des licences « CopyFair« , ce qui permet l’exploitation des communs à la conditions que les changements et améliorations apportées soient reversées aux communs, tout en exigeant la réciprocité
  4. L’utilisation de designs ouverts est encouragée, notamment pour lutter contre l’obsolescence programmée.
  5. La transparence de la chaine de production, à travers un écosystème de collaborations, doit permettre la mise en place facilitée d’une économie circulaire bénéfique à la réduction des déchets.
  6. Les coopératives ouvertes peuvent mutualiser non seulement leurs infractructures numériques mais aussi leurs infrastructures physiques (co-working, partage de compétence ou de trajets…)

Beaucoup de mots qui font mouches (buzz ?) parmi mes préoccupations du moment. Par contre, maintenant que je commence à capter les principes, il faut que je dégote des exemples concrets, pour aller au-delà de la déclaration d’intention.

Une thématique à creuser avec la lecture de « Ours to Hack and to Own » (entrée n° 342 de ma to-read list) ?

Cooperativism in the digital era, or how to form a global counter-economy

Edit : sur ces questions, voir aussi l’événement Mutuelles de travail / Travail des communs : regards croisés, et son compte-rendu provisoire